Elodie a été bénévole pendant 8 mois à Conkouati, son long séjour l'a amenée à intervenir sur les différents sites (sanctuaire, bivouac, triangle). Le rapport étant un peu long vu le temps passé sur place, nous vous proposons ici quelques extraits (les caractères en gras sont de Help Congo Stories, les photos sont celles d'Elodie sauf le foula, photo d'archives)

 

 

Première impression dès le départ :

Je suis montée dans un 4x4 avec Ali, un ami de Philippe Jamart, le fils d'Aliette. Marie-Françoise et Aliette sont allées dans un second 4x4 conduit par Philippe. On prend la route. Moi qui me demandais pourquoi toutes les voitures de Pointe-Noire sont des 4x4, j'ai compris en voyant l'état des routes. On parle aussi de la conduite ici ? - C'est la jungle, la loi du plus fort. Le code de la route, s'il y en a un, n'est pas respecté. La route qui mène à Conkouati est dans un sale état ! Enfin selon les bénévoles venus quelques années auparavant c'était bien pire et selon eux, actuellement, elle est correcte, mais mon avis c'est qu'elle est très dangereuse, je n'étais pas trop rassurée ! À chaque jour sa poisse : avec Ali la voiture nous a lâchés, de l'huile coulait partout du coup on a vidé tout le chargement de sa voiture et tout mis dans celle de Philippe, nous y compris, et nous voilà reprenant la route après le bac de Noumbi avec une seule voiture bien chargée. Bon heureusement Philippe connaît très bien cette route et il gère parfaitement. Il allait vite. C'était drôle, ça pimentait le trajet. Avec l’état de la route, ajouté aux petites réflexions caustiques d’Aliette, le reste du trajet m’a paru très sympathique. On a même croisé un foula-foula. C'est un camion destiné initialement à transporter des marchandises mais dans lequel s'entassent des dizaines et des dizaines de gens, atypique pour moi mais courant ici !

 

 

Au sanctuaire, activités... et astuce de cuisine

Au Sanctuaire, les activités sont variées. Lorsqu’on n’est pas au nourrissage, d’autres missions nous sont confiées : travailler au jardin, ratisser les coupe-feux (en saison sèche), parfois éteindre les feux dans la savane (en saison sèche), laver les bateaux, brûler les poubelles, faire le ménage et entretenir le camp (préparer les bungalows et la maison des touristes, nettoyer les réserves), préparer les repas, accueillir les touristes, ramasser le petit bois (permet de nettoyer l’allée menant aux bungalows, et utilisé par les travailleurs pour raviver le feu), ramasser des fruits sauvages pour les chimpanzés, ramasser des feuilles pour les toilettes sèches, réceptionner le ravitaillement, préparer le ravitaillement pour les autres camps, aller chercher l’eau à la source de Conkouati en utilisant la motopompe, récupérer les avocats à N’Goumbie, nourrir les poules et les pintades… [...] Le camp du Sanctuaire est fragmenté. En bas se trouvent la cuisine des travailleurs, celle des bénévoles, les réserves, les bungalows des travailleurs. Il suffit de monter l’allée principale pour accéder aux bungalows des bénévoles et des touristes, ainsi qu’aux sanitaires. La cuisine est ouverte. On « respire ». L’espace y est vaste, c’est très agréable. Les poules aiment s’y promener et ramasser les miettes qui s’y trouvent et les varans ne sont jamais très loin afin de récupérer les restes. [...]

Nous nous organisons entre nous pour la préparation des repas. Quand j’étais au Sanctuaire, j’aimais préparer les repas, car j’adore cuisiner. Au Sanctuaire, comme sur les autres sites, on cuisine en priorité ce qui est périssable. Si on a beaucoup de légumes, on commence par ça, et en fin de semaine quand on n’a plus de produits frais, on peut s’attaquer aux lentilles, pâtes etc. Ça paraît logique, mais en fait ça ne l’est pas pour tout le monde. La nourriture coûte cher ici, il est hors de question de la gaspiller. [...]

J’ai découvert le délicieux saka saka (sans poisson pour moi) [Elodie est végétarienne], c’est une merveille ! J’adore aussi le fonio (à base de farine de soja) : quelques cuillères à soupes de fonio, ajouté à du lait, le tout cuit dans l’eau chaude, on obtient une mixture qu’on peut déguster tiède au petit déjeuner, mais moi je la préparais le soir, et la mettais dans la glacière pour la manger froide tel un yaourt le lendemain matin accompagnée de muesli.

À plusieurs reprises, j’ai fait des crêpes, du pain perdu (sucré et salé) et des gâteaux au chocolat (Aliette nous avait envoyé des sortes de Danette au chocolat, qui étaient parfaites pour les pâtisseries). Je faisais régulièrement du pain. D’ailleurs recette secrète de Conkouati : pour rendre le pain plus moelleux, je remplace une petite quantité de farine par un peu de purée mousseline en poudre, un délice pour les papilles ! J’ai aussi fait des pizzas, cuites à la casserole, très bon résultat.

Avec quelques idées et de la bonne volonté, on se fait des petits plats «comme à la maison» !

 

 

 [...] le Sanctuaire est le camp le plus confortable à vivre. Il y a de l’espace, les bungalows ont été rénovés il y a quelques années et sont en très bon état. C’est le seul camp qui bénéficie de vraies douches, même  si l’eau qui en sort est froide. Et puis contrairement au camp du Triangle où on doit être continuellement sur le qui-vive en étant vigilant à la présence de chimpanzés au camp, au Sanctuaire on est serein. On laisse les portes grandes ouvertes (quand on est présent bien sûr), c’est agréable. Et puis, le réseau téléphonique passe partout sur le camp, ce qui est un grand luxe ! [pas toujours en fait...] Le Sanctuaire est le camp de base où est stockée toute la nourriture. On ne manque jamais de rien là-bas (quoi que honnêtement, je n’ai jamais manqué de rien, nulle part !). On y rencontre davantage de monde, plus de travailleurs et de bénévoles que sur les autres camps, et puis on reçoit les touristes pour quelques jours. Ça fait du bien de fréquenter de nouvelles têtes. 

 

Sa première intervention en tant que pompier de brousse :

Le dimanche 7 juin, en fin d’après-midi, alors que chacun vaquait à ses occupations, nous avons dû quitter le camp à la hâte avec Cloé, Heather, Gracias, Guénole et Bosco car un feu s’était déclaré dans la savane, derrière les coupe-feux et la forêt d’eucalyptus. Quelle adrénaline !

C’était le premier feu de la saison sèche qui menaçait le Sanctuaire. C’était impressionnant ! On s’est équipé de pelles et de branches d’arbres feuillues afin de taper sur les flammes, on a mis une bonne heure pour venir à bout de cet incendie. Ça m’a plu, un de mes meilleurs souvenirs. Il y avait une belle cohésion d’équipe et une excellente dynamique.

 

Ne jamais oublier que les chimpanzés sont des animaux sauvages :

Le lundi 15 juin, je pars au nourrissage l’après-midi, avec 5 touristes dans le bateau, Cloé, Eve et Ange. Eve était présente pour apprendre comment expliquer aux touristes le fonctionnement des nourrissages en écoutant Cloé. Ange et moi étions dans l’eau.

Tout s’est bien passé chez Pépère et Dereck. Mais en arrivant chez les Yombés, ils étaient tous très excités. Je ne me suis pas assez méfiée. Je suis allée vers Ewo alors qu’il était installé à côté de Yoko et surtout qu’ils n’étaient pas calmes. [Ewo est le mâle dominant et Yoko la femelle dominante du groupe] Ewo m’agrippe le poignet gauche, Yoko simultanément m’agrippe le poignet droit, ils me mordent chacun une main. C’était stupide de ma part, mais ce fut un bon rappel à l’ordre.

 

Au bivouac, la vie est plus rustique, idéal pour y apprendre quelques astuces écologiques :

Lors des dix premiers jours passés au Sanctuaire, j’ai eu l’occasion de rencontrer Elsa et Cécile, deux bénévoles qui venaient de passer deux semaines ensemble au Bivouac. Elles semblaient y avoir vécu de très bons moments, et les entendre en parler avec un tel enthousiasme m’a donné envie à moi aussi de découvrir ce site.[...]

La mission principale des travailleurs du Bivouac est de suivre au quotidien les femelles relâchées et de noter toutes les 10 minutes leur comportement. Le suivi s’organise de cette façon quand nous sommes quatre (deux bénévoles et deux travailleurs) : une équipe part à 7h du camp et suit les chimpanzés jusqu’à 12h, l’autre binôme part à 11h30 et relaye la première jusqu’au nichage des chimpanzés vers 17h30-18h.[...] Chaque binôme passe donc une demi-journée en forêt, l’autre demi-journée étant consacrée au travail d’entretien du camp et de préparation des repas, du pain, du foufou. On fait parfois des cessions layonnage [entretien des chemins]

J’ai appris à faire la vaisselle « à la congolaise » : en utilisant de la cendre, du savon et une éponge confectionnée en nouant un sac à oignons. Si toute la suie ne part pas, on prend une feuille d’arbre et de la cendre et on frotte à nouveau la casserole. [...]

Je trouve que le Bivouac est une excellente transition pour des bénévoles souhaitant découvrir le Triangle. C’est une première approche de la forêt et du suivi des chimpanzés. Une première expérience au Bivouac avant est donc la bienvenue.

 

Un petit rappel de la philosophie de Help...

[Au triangle] Je ne cherche pas absolument à avoir un contact physique avec un chimpanzé (tel qu’il existe au Sanctuaire lors des nourrissages), le suivre [Louzolo] dans son habitat naturel me suffit. De toute façon, les chimpanzés du Triangle ne cherchent pas le contact avec les hommes, et il est de notre devoir de ne pas chercher nous le contact. Ils sont indépendants. Les jeunes comme Loanga, Kissiwu, Ngongo, Nguemba sont nés libres en forêt et même s’ils sont habitués à nous croiser, on ne doit en aucun cas les inciter au contact. C’est cela qui me plaît vraiment ici, la philosophie de la vraie vie sauvage, avec malheureusement oui, les risques qu’elle comporte.

 

Ne pas croire que c'est de tout repos...

Marcher en forêt demande de la concentration et une bonne condition physique. En saison de pluies, il y a énormément de boue. On s’enfonce. C’est fatiguant physiquement et moralement. On glisse. On chute parfois dans les marécages et on se retrouve donc trempé. Les bottes se remplissent d’eau lorsqu’on traverse des layons inondés. Il faut sans cesse regarder où on marche (nombreuses lianes, racines, troncs, trous jonchent le sol) et surveiller aussi les alentours afin de repérer tout éventuel danger (branches, animaux sauvages). Il m’aura fallu plusieurs mois pour me sentir à l’aise en forêt et pouvoir appréhender les odeurs, les bruits et maitriser la connaissance des layons. C’est d’ailleurs ce qui a été pour moi le plus difficile : me repérer en forêt, malgré la connaissance des cartes, maîtriser les emplacements des layons et savoir comment détourner son chemin en cas de rencontre avec un éléphant ou comprendre par quel layon passer en fonction de la direction du signal de la radio.

On a aussi de nombreux ponts à franchir, soit pour traverser la rivière, soit pour franchir une zone marécageuse. C’est toujours un brin stressant, mais ultra-enthousiasmant une fois arrivé au bout. De l’accrobranche à Conkouati !

 

 

Mais ça laisse de bien jolis souvenirs...

A mon arrivée au Triangle, j’étais bien sûr émerveillée par toute la faune susceptible d’être rencontrée lors de nos sorties en forêt. On ne savait jamais ce qu’on allait apercevoir ou entendre et c’est assez excitant. Lorsque je voyais des éléphants en forêt, j’étais vraiment ravie, mais au fil du temps je me suis rendue compte qu’il était préférable de les observer au camp lors de leurs visites régulières, plutôt que les rencontrer en forêt. Ce « stress éléphant » m’est apparu au moment de la fructification des Nauclea. Il y avait beaucoup d’éléphants à ce moment-là, parfois plusieurs autour d’un même layon. Avec Brady, nous avons d’ailleurs une fois dû nous précipiter car les éléphants nous encerclaient. De manière générale, nous devons être vigilants et prudents. Si on repère un éléphant, qu’on le voit ou qu’on l’entend, on fait en sorte de détourner notre chemin, ou d’activer le pas afin de ne pas prendre le risque de se faire charger. Personnellement, sur les nombreuses fois où j’ai rencontré des éléphants sur mon passage, je n’ai dû courir que trois fois. Ils sont plutôt calmes sauf s’ils pensent qu’on veut s’en prendre à leur petit, ou à leur nourriture. Ils sont tellement majestueux. J’ai aimé les observer en forêt, même si je reconnais être plus sereine lorsque ce sont eux qui viennent au camp. À ce moment-là, on a la joie de les observer et de les photographier en toute sécurité.

Dès que l’on rencontre, qu’on entend ou qu’on repère une trace d’animal sauvage, on le notifie dans le GPS. C’est donc à l’occasion de nos sorties en forêt (que ce soit pour suivre Louzolo, layonner, faire la botanique) que nous rencontrons la faune sauvage. Les éléphants bien sûr, mais pas uniquement même s’ils font partis des animaux mythiques de la forêt de Conkouati. À quelques reprises, on a vu des gorilles, notamment l’après-midi du 8 mars où avec Brady on en a rencontré un. Il était assis à environ 25 mètres de nous. On s’est accroupi, et on est resté là quelques minutes, nous, l’observant, lui, faisant de même. Puis quand on s’est relevé, il s’est enfui. C’était extraordinaire, c’est un de mes plus beaux souvenirs ici (bon j’avoue qu’en fait j’ai plein de très beaux souvenirs). Parfois on entend leur cri ou leur chestbeat, que nous soyons en forêt ou au camp. C’est très impressionnant.

On croise aussi des buffles (la plupart du temps, je les ai vus au bord ou dans la rivière, mais j’ai aussi eu la chance d’en voir un s’enfuir lorsque j’étais en forêt), parfois des crocodiles (j’en ai vu un seul, un crocodile nain, le long de la rivière) mais les travailleurs m’ont dit avoir vu un crocodile du Nil au mois de mars dernier, régulièrement des groupes de mandrills (leurs cris stridents sont repérables à distance), tous les jours des cercopithèques, de temps en temps des céphalophes et des serpents (j’ai vu un mamba vert en forêt, des arboricoles au camp, et trois cobras aquatiques au mois de juillet, un à la fois bien sûr, c’est déjà bien suffisant, surtout lorsqu’ils décident de s’établir au bord de la rivière côté camp bénévole et un python, aussi le long de notre rivière).

 

 

des journées parfois longues :

Le soir, le travail n’est pas fini puisqu’il faut décharger et traiter les infos de la journée présentes dans les GPS. Il s’agit notamment des localisations de Lou, de son déplacement, des données comportementales prises chaque 10 minutes, des localisations des autres chimpanzés si on les a vus et de la faune que l’on a rencontrée (ou entendue ou dont on a repéré une trace). Il faut ensuite remplir des fichiers quotidiennement : les chaleurs des femelles, les groupes de chimpanzés, leur présence ou non sur les camps, la météo, le planning de la journée suivante, le ravitaillement, les soins travailleurs ainsi que les trajets bateaux notamment. Toutes ces informations nous sont utiles pour ensuite rédiger le rapport mensuel. Dans ce dernier est notifié tout ce qui a été fait dans le mois au camp, et l’état de santé des chimpanzés, on l’illustre par de nombreuses photos. Dans le poste de chef de camp, j’aime beaucoup ce travail de gestion qui demande de l’organisation et de la rigueur !

[...] La troisième activité majeure au Triangle est le layonnage/nettoyage des sentiers que nous empruntons, c’est un travail titanesque et qui a besoin d’être effectué régulièrement. On fait généralement des équipes de 2 : un travailleur et un bénévole. On part avec deux machettes, un sécateur, des banderoles et un marqueur. Suivant le travail à effectuer et les effectifs au Triangle, on peut layonner sur des journées continues ou en demi-journées. [...] Les activités secondaires, mais tout autant indispensables concernent l’entretien du camp et du matériel : ménage, atelier silicagel, entretien du groupe électrogène, entretien des radios, nettoyage des filtres à eau, pompage de l’eau, ramassage des feuilles pour toilettes sèches, préparation du ravitaillement des travailleurs, réception de notre ravitaillement.

 

Mais que de souvenirs...

Étant donné que le camp est situé en plein milieu de la forêt, et donc au cœur du lieu de vie des chimpanzés, il arrive régulièrement que les chimpanzés relâchés viennent au camp de quelques minutes à parfois quelques journées. Dans le cas où les chimpanzés sont au camp, si on est dans un bungalow, on y reste, et si on est à l’extérieur on y reste aussi. Il s’agit de ne pas ouvrir les portes quand les chimpanzés sont là. On doit toujours s’assurer que la voie est libre avant de sortir d’un bungalow, en vérifiant par les fenêtres et les espaces prévus à cet effet. Ils sont capables de se faufiler rapidement et d’entrer ensuite dans l’habitacle. On ferme tout le temps les portes à clefs et rangeons les clefs à un endroit inaccessible pour les chimpanzés.

C’est comme cela que je me suis retrouvée bloquée dans la cuisine de 13h à 18h le jour où Kouilou et Émilie avaient décidé de s’établir sur la terrasse tout l’après-midi (le 24 février).

De même, lors d’une arrivée impromptue de Perlette, Ngongo et Nguemba au camp un soir vers 18h30 (le 4 juillet) ils ont fait le tour du camp, j’ai juste eu le temps de vocaliser Clément qui prenait sa douche, et voilà que la petite tribu familiale s’installe sur la plage au bord de la rivière et bloque Clément au milieu de l’eau (en pleine saison sèche, la température de la rivière ne donne pas du tout envie de rester dans l’eau) avec toutes ses affaires au-dessus de sa tête. Heureusement Landry, averti par mes vocalisations, vient «sauver» Clément et le rapatrie sur le camp auxi en attendant que Perlette et ses enfants quittent notre camp.

Il s’agit aussi de ne rien avoir avec nous ou sur le camp, qui puisse être source d’intérêt pour le chimpanzé et donc qui l’inciterait à rester. Par exemple, un sachet de lessive, du linge étendu, des restes carbonisés de déchets (voilà pourquoi après avoir brûlé nos poubelles, on ramasse les déchets restants), des restes de compost sont autant de tentations pour le chimpanzé qui l’inciteraient à rester et à revenir.

Lors de leur venue ils font quelquefois des bêtises. Louzolo avait volé mon maillot de bain, le frottait contre lui, s’allongeait dessus, puis l’avait emmené dans les marantacées. Ensuite, il était allé manger le rouleau de papier toilette. Cheyenne, elle, est la reine quand il s’agit de manger un savon. En sortant de la douche, même si on l’a entendue et qu’on planque notre savon, elle est trop forte et le découvre en général, puis le mange. Ngongo adore arracher les vêtements étendus sur les cordes à linges, une fois qu’il a tout mis à terre, il s’en va. Il aime aussi escalader les façades des bungalows. Une vraie petite terreur celui-là ! Ngongo est jeune, mais mieux vaut se méfier de sa force et surtout de sa maman, la belle Perlette, qui viendra toujours à son secours s’il pousse un petit cri. À deux reprises au mois de juillet, il a tenté des petits displays sur moi, lorsque je le croisais en forêt, me fonçant dessus à toute vitesse, puis s’arrêtant à un mètre de moi, comme pour jouer …

Les éléphants nous rendent visite et peuvent se montrer tout aussi handicapants s’ils décident de se poster au milieu du camp, nous empêchant tout déplacement. Au mois de juin, nous avons rencontré un éléphant particulier, on l’a surnommé Bulldog car il détruisait tout sur son passage. Après avoir pensé qu’il s’agissait d’un éléphant « légèrement » agressif, nous nous sommes rendus compte qu’en fait il était très curieux, et découvrait visiblement le camp et les hommes. Quand il venait au camp, il faisait le tour, se cachait derrière les arbres, avançait vers nous, puis reculait rapidement, tentait de nous impressionner mais n’était pas sûr de lui. Heureusement pour nous, il semblait qu’il n’avait pas conscience d’être plus puissant que nous autres. Il a envoyé valser le pluviomètre ainsi que le piquet qui le soutenait. Il est venu toucher avec sa trompe le bidon bleu plastique devant le bungalow principal et a eu l’air surpris par cette matière car il a retiré sa trompe très vite, puis il y est retourné. Il est même descendu sur la «petite plage» au bord de la rivière, où le canoë était stationné, il l’a pris avec sa trompe et l’a soulevé. C’était assez cocasse comme situation, car tout ça ne s’était jamais produit avec les autres éléphants ayant l’habitude de venir manger au camp. C’était vraiment fantastique de l’observer. Lors de sa dernière venue, il a tout de même fait tomber deux beaux arbres du camp : le Kigelia et le Scytopetalum. Quel «fou fou» ce Bulldog !

 

 

Nous partageons aussi le camp avec des animaux plus petits tels que des souris, des cafards et des minis fourmis. Ça a été un peu compliqué au début, mais je me suis habituée. Si bien que j’ai vécu en colocation quelques semaines avec une souris dans mon bungalow ! Concernant la nourriture, on installe tous les plats sur des pilotis afin que les insectes y accèdent le plus difficilement possible. Malgré cela, avec Suzie, un matin d’avril, on a découvert une souris qui avait grignoté le bouchon de la bouteille plastique d’huile, et était tombée dedans, elle macérait là depuis quelques heures déjà, c’était assez répugnant !!!!

[...]

Pendant ces huit mois, j’ai vécu des moments forts, émouvants, excitants. J’ai été heureuse de vivre dans ce cadre, au cœur de la forêt. Je me suis sentie libre et émerveillée par ce que je vivais au quotidien. J’ai aussi vécu des moments difficiles et douloureux. Ces évènements tristes sont marquants, mais ne doivent pas atténuer les supers moments que j’ai passés ici, ni mon enthousiasme en partant en forêt, à l’idée des possibles rencontres qu’on peut y faire et la beauté et la sérénité qui émanent de l’observation d’une famille de chimpanzés menant sa vie libre.

Malgré tout, cette expérience est positive à mes yeux. Je ne sais pas encore très bien vers quoi je vais me réorienter professionnellement, mais vivre ainsi m’a ouvert les yeux sur moi, ma personnalité, et sur les autres.

Il n’est pas évident de vivre au quotidien avec des gens que l’on n’a pas choisi. J’ai fait de très belles rencontres (Marie-Françoise, Suzie, Lucie, Cloé) et je remercie sincèrement toutes les personnes que j’ai rencontrées lors de ce séjour, bénévoles et travailleurs, qu’on ait eu des affinités ou pas, j’ai appris de chacun. J’ai appris sur le travail, sur les chimpanzés, et j’ai énormément appris sur les relations entre les individus ici à Conkouati.

Les conditions de vie sont plus rudes que ce que je connaissais (mais c’était une évidence, je m’attendais un peu à ça en venant ici), moi qui me suis toujours rassurée dans mon confort français, j’ai appris à aimer cette vie simple.

Rien n’est jamais parfait dans ce monde … Mon séjour à Help a été une belle expérience et je pense, une étape importante dans la construction de ma vie personnelle future. Je garde en tête l’idée de revenir à Conkouati un jour, mais dans un avenir plus proche je souhaite poursuivre mon engagement auprès de Help depuis la France.

En écrivant ces quelques lignes, je me rends compte que les chimpanzés me manquent déjà. On s’habitue à les voir, à être à leurs côtés au quotidien, au final comme si c’était banal. Mais non, c’est juste extraordinaire de vivre cela.

 

Merci à Aliette pour sa ténacité et son engagement auprès des chimpanzés.

 

Elodie, bénévole du 15 janvier au 13 septembre 2015

 

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